Contenu du cahier



- un extrait de la pièce de Jean Racine : Athalie (1691) Acte II, scène 5


Songe d'Athalie

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C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit.
Ma mère Jézabel devant moi s'est montrée,
Comme au jour de sa mort pompeusement parée.
Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté ;
Même elle avait encor cet éclat emprunté
Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage,
Pour réparer des ans l'irréparable outrage.
«Tremble, m'a-t-elle dit, fille digne de moi ;
Le cruel Dieu des Juifs l'emporte aussi sur toi.
Je te plains de tomber dans ses mains redoutables,
Ma fille.» En achevant ces mots épouvantables,
Son ombre vers mon lit a paru se baisser ;
Et moi, je lui tendais les mains pour l'embrasser.
Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange
D'os et de chairs meurtris et traînés dans la fange,
Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux
Que des chiens dévorants se disputaient entre eux.
...
Dans ce désordre à mes yeux se présente
Un jeune enfant couvert d'une robe éclatante,
Tels qu'on voit des Hébreux les prêtres revêtus.
Sa vue a ranimé mes esprits abattus ;
Mais, lorsque revenant de mon trouble funeste,
J'admirais sa douceur, son air noble et modeste,
J'ai senti tout à coup un homicide acier
Que le traître en mon sein a plongé tout entier.
De tant d'objets divers le bizarre assemblage
Peut-être du hasard vous paraît un ouvrage.
Moi-même quelque temps, honteuse de ma peur,
Je l'ai pris pour l'effet d'une sombre vapeur.
Mais de ce souvenir mon âme possédée
A deux fois en dormant revu la même idée ;
Deux fois mes tristes yeux se sont vu retracer
Ce même enfant toujours tout prêt à me percer.
Lasse enfin des horreurs dont j'étais poursuivie,
J'allais prier Baal de veiller sur ma vie
Et chercher du repos au pied de ses autels.
Que ne peut la frayeur sur l'esprit des mortels !
Dans le temple des Juifs un instinct m'a poussée,
Et d'apaiser leur Dieu j'ai conçu la pensée ;
J'ai cru que des présents calmeraient son courroux,
Que ce Dieu, quel qu'il soit, en deviendrait plus doux.
Pontife de Baal, excusez ma faiblesse.
J'entre : le peuple fuit, le sacrifice cesse,
Le grand prêtre vers moi s'avance avec fureur.
Pendant qu'il me parlait, ô surprise ! ô terreur !
J'ai vu ce même enfant dont je suis menacée,
Tel qu'un songe effrayant l'a peint à ma pensée.
Je l'ai vu, son même air, son même habit de lin,
Sa démarche, ses yeux, et tous ses traits enfin ;
C'est lui-même. Il marchait à côté du grand prêtre,
Mais bientôt à ma vue on l'a fait disparaître.
Voilà quel trouble ici m'oblige à m'arrêter,
Et sur quoi j'ai voulu tous deux vous consulter.

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Angèle a probablement transcrit ce texte de mémoire car on y trouve quelques petites erreurs :
elle écrit "Ma mère Jézabel à mes yeux s'est montrée" au lieu de devant moi s'est montrée
elle inverse ces deux vers : "Tels qu'on voit des Hébreux les prêtres revêtus.
Sa vue a ranimé mes esprits abattus ;
elle en oublie deux : "Et moi, je lui tendais les mains pour l'embrasser."
et "Pour réparer des ans l'irréparable outrage", qu'elle replace à la fin de la tirade



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- deux autres textes (qui saura identifier les auteurs ?)



La singulière méprise
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Un étranger très riche, nommé Suderland, était banquier de la cour de Catherine II, et naturalisé en Russie ; il jouissait auprès de l'impératrice d'une assez grande faveur. Un matin on lui annonce que sa maison est entourée de gardes, et que le maître de police demande à lui parler.

Cet officier nommé Reliew, entre avec l'air consterné.
— Monsieur Suderland, dit-il, je me vois avec un vrai chagrin, chargé par ma gracieuse souveraine d'exécuter un ordre dont la sévérité m'effraie, m'afflige et j'ignore par quelle faute ou par quel délit vous avez excité à ce point le ressentiment de Sa Majesté.
— Moi, monsieur, répondit le banquier, je l'ignore autant et plus que vous ; ma surprise surpasse la vôtre. Mais enfin, quel est cet ordre ?
— Monsieur, reprend l'officier, en vérité le courage me manque pour vous le faire connaître.
— Eh quoi ! aurais-je perdu la confiance de l'impératrice ?
— Si ce n'était que cela vous ne me verriez pas si désolé. La confiance peut revenir ; une place peut être rendue.
— Eh bien ! s'agit-il de me renvoyer dans mon pays ?
— Ce serait une contrariété ; mais avec vos richesses on est bien partout.
— Ah ! mon Dieu s'écria Suderland tremblant, est-il question de m'exiler en Sibérie ?
— Hélas, on en revient.
— De me jeter en prison ?
— Si ce n'était que cela, on en sort.
— Bonté divine ! voudrait-on me knouter ?
— Ce supplice est affreux mais il ne tue pas.
— Eh quoi ! dit le banquier en sanglotant, ma vie est-elle en péril ? L'impératrice si bonne, si clémente, qui me parlait si doucement encore il y a deux jours, elle voudrait ... ; mais je ne puis le croire. Ah ! de grâce, achevez ; la mort serait moins cruelle que cette attente insupportable.
— Eh bien, mon cher, dit enfin l'officier de police avec une voix lamentable, ma gracieuse souveraine m'a donné l'ordre de vous empailler.
— M'empailler ! s'écria Suderland en regardant fixement son interlocuteur, mais vous avez perdu la raison, ou l'impératrice n'aurait pas conservé la sienne ; enfin vous n'auriez pas reçu un pareil ordre sans en faire sentir la barbarie, et l'extravagance.
— Hélas ! mon pauvre ami, j'ai fait ce qu'ordinairement nous n'osons jamais tenter ; j'allais hasarder d'humbles remontrances ; mais mon auguste souveraine, d'un ton irrité, en me reprochant mon hésitation m'a commandé de sortir et d'exécuter sur le champ l'ordre qu'elle m'avait donné, en ajoutant ces paroles qui retentissent encore à mon oreille : "Allez, et n'oubliez pas que votre devoir est de vous acquitter sans murmure des commissions dont je daigne vous charger."

Il serait impossible de peindre l'étonnement, la colère, le tremblement, le désespoir du pauvre banquier, après avoir laissé quelque temps libre cours à l'explosion de sa douleur, le maître de police lui dit qu'il lui donne un quart d'heure pour mettre ordre à ses affaires. Alors Suderland le prie, le conjure, le presse de lui laisser écrire à l'impératrice un billet pour implorer sa pitié. La magistrat, vaincu par ses supplications, cède en tremblant à ses prières, se charge de son billet, sort, et n'osant aller au palais, se rend précipitamment chez le comte de Bruce, gouverneur de Saint-Pétersbourg.

Celui-ci croit que le maître de police est devenu fou, il lui dit de le suivre, de l'attendre dans le palais, et court, sans tarder, chez l'impératrice. Introduit chez cette princesse, il lui expose le fait.

Catherine en entendant ce récit s'écrie :"Juste Ciel ! quelle horreur ! en vérité Reliew a perdu la tête. Comte, partez, courez et ordonnez à cet insensé d'aller tout de suite délivrer mon pauvre banquier de ses folles terreurs et de le mettre en liberté." Le comte sort, exécute l'ordre, revient et retrouve avec surprise Catherine riant aux éclats. "Je vois à présent, dit-elle, la cause d'une scène aussi burlesque qu'inconcevable. J'avais, depuis quelques années, un joli chien que j'aimais beaucoup et je lui avais donné le nom de Suderland parce que c'était celui d'un anglais qui m'en avait fait présent. Ce chien vient de mourir, j'ai ordonné à Reliew de le faire empailler ; et, comme il hésitait, je me suis mise en colère contre lui, pensant que par une vanité sotte, il croyait une telle commission au-dessous de sa dignité: voilà le mot de cette ridicule énigme."


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Le Sorcier malgré lui
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Une dame appartenant à une des plus anciennes familles qu'ait vues la Provence, avait trois domestiques en qui elle s'était trop plu à mettre sa confiance. Elle s'aperçut un jour qu'on lui avait volé un riche écrin ; ses gens furent tous interrogés sans qu'on ne pût rien découvrir. Une vieille servante, fort superstitieuse, engagea sa maîtresse à consulter un villageois qui passait pour être sorcier quoiqu'il s'en défendît constamment.

Le paysan fut mandé au château mais il fallut employer les menaces pour qu'il se décidât à risquer le rôle qu'on lui imposait ; et il y mit pour condition qu'il recevrait cent francs d'avance et qu'il ferait trois repas copieux dans la journée ; la dame, quoique s'étant déjà repentie de sa faiblesse, consentit à cet arrangement.

Notre sorcier déjeuna de bon appétit et dit en frappant sur son estomac : Ah ! en voilà un ! Le domestique qui l'avait servi à table, tout étourdi de ces mots qu'il s'était appliqués courut faire part de sa mésaventure à ses deux complices. Ceux-ci, s'étant moqués de lui, s'engagèrent à le remplacer ; un second alla donc servir le dîner du rustre, qui, après avoir bravement joui des mâchoires, s'écria, en répétant le geste du matin : Ah ! en voilà deux ! Saisi d'effroi, le domestique laissa tomber une demi-douzaine d'assiettes et s'enfuit ; vint le tour du troisième, espèce d'esprit fort, qui servit le souper : Ah ! voilà donc le troisième, dit d'un air sournois le sorcier improvisé. A ces mots le faux brave tomba aux pieds d'un si fameux devin et confessa toute l'affaire.


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suivent sept exercices de calcul :
(que signifie le titre : méthode d'unité ?)

Méthode d'Unité
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Combien faudrait-il d'hommes pour faire 200 mètres d'étoffe en 4 jours, travaillant 12 heures par jour, sachant qu'il a fallu 14 ouvriers qui travaillèrent 6 heures par jour pendant 8 jours, pour faire 100 mètres de la même étoffe ?

960 mètres de calicot ont été faits par 11 ouvriers en 15 jours, travaillant 12 heures par jour : combien faudrait-il de jours à 15 ouvriers travaillant 11 heures par jourpour faire 240 mètres du même ouvrage ?

En supposant que 15 hommes gagnent 1200 francs en 20 jours, combien 105 hommes gagneraient-ils en 140 jours ?

On sait qu'un maître menuisier a 6 ouvriers qu'il a employés pendant 36 jours et 15 heures par jour pour faire 450 mètres d'ouvrage : combien 18 ouvriers employés pendant 12 jours et 18 heures par jour en feront-ils ?

On a employé 75 mètres de drap de 0,80 m de large pour faire un certain nombre d'habits : combien en aurait-il fallu si le drap n'avait eu que 0,75 m de large ?

Lorsque 50 ouvriers gagnent 1800 francs en 8 jours, travaillant 15 heures par jour, combien faudra-t-il que 94 ouvriers travaillent d'heures par jour, pendant 18 jours, pour gagner 2937,60 francs ?

Vingt-cinq hommes devraient faire un ouvrage en 24 jours ; mais on voudrait qu'il fût fini en 15 : combien faudra-t-il employer d'hommes ?


remarquer le nombre d'heures de travail généralement effectuées !

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