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Les six repas des moissonneurs, de Frédéric Mistral

F. Mistral - Ten-t'aqui moun chin - FG 2 - 1911 gimp.jpg MiniaturesConte de Noël  'Le vieux Noël et le petit Jésus' d'Édouard GilletMiniaturesConte de Noël  'Le vieux Noël et le petit Jésus' d'Édouard GilletMiniaturesConte de Noël  'Le vieux Noël et le petit Jésus' d'Édouard GilletMiniaturesConte de Noël  'Le vieux Noël et le petit Jésus' d'Édouard GilletMiniaturesConte de Noël  'Le vieux Noël et le petit Jésus' d'Édouard GilletMiniaturesConte de Noël  'Le vieux Noël et le petit Jésus' d'Édouard GilletMiniaturesConte de Noël  'Le vieux Noël et le petit Jésus' d'Édouard Gillet


Les six repas des moissonneurs

Une année qu’on moissonnait au mas de Patiras, le monsieur qui menait lui-même le bien vint voir un peu ses faucheurs. Il les trouva qui goûtaient et par manière de plaisanterie leur dit :

« La chaleur, m’est avis, ne vous ôte guère l’appétit ! Le tue-ver, le déjeuner, le grand-boire, le dîner, le goûter, le souper, six repas en un jour ! sans compter que vous êtes sans cesse pendus au tonneau ... Je ne sais pas comment vous faites pour digérer tout ça !

— Ce gros ventru, dirent les tâcherons à mi-voix entre eux, en le regardant de travers, nous voudrions le voir à notre place, toute la sainte journée, la faux en main, à va et vient.

— Monsieur, lui dit le baile (le chef), tenez, je vais vous apprendre comme nous faisons pour digérer.

Et cela dit, l'homme prend dans l'éteule deux mottes de terre ; puis il en met une dans la poche de sa culotte rapiécée et l'autre dans celle de la culotte du monsieur.

— Que faites-vous ? qu'est-ce cela ? lui dit celui-ci.

— Dans votre poche, lui dit alors le baile, gardez cette motte ; suivez-moi dans la sole. Je vous répondrai quand nous serons au bout. »

Et à grand coups de faux, voilà mon moissonneur qui se met au travail et le bourgeois le suivait, se promenant avec sa canne. Au bout de la fauchée, le faucheur se dresse et dit au monsieur :

— Monsieur, regardez votre motte.

— La voici, dit l'autre.

— Elle est bien entière, n'est-ce pas ? Comme quand vous l'avez prise ... Maintenant, nous allons voir la mienne.

Et le baile de sa poche sort sa motte broyée, qui n'était plus que miettes.

— Monsieur, dit-il, voilà comment en maniant la faux - frin ! fran ! - les faucheurs font la digestion.

Frédéric Mistral (écrivain provençal, 1830-1914)
Dernière prose d'Almanach


Carte postale : "Frédéric. Mistral - Ten-t'aqui moun chin" 1911
(Tiens-toi ainsi, mon chien)

Auteur
Éditeur : les lettres FG (ou (FoG) avec une ancre entre le F et le G - N° 2
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